Overblog Tous les blogs Top blogs Jeux & Jeux Vidéo Tous les blogs Jeux & Jeux Vidéo
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Eric Leguay, ma vie numérique

Le présent n'est que le futur passé...

Publicité

L'étre et l'écran: notre monde numérique n'est pas virtuel

StephaneVial04.jpg

Cela commence souvent, par une maman affolée de voir son garçon de 10 ans, passer trop de temps à jouer avec ses jeux vidéos, puis cela s'amplifie avec le discours d'un psychologue en mal de notoriété qui parle des dangers de vivre dans la virtualité puis c'est l'apothéose avec la femme politique qui condamne le numérique comme source de tous nos maux endémiques. Aurions nous transpercés la matrice ? Vivrions nous via nos smartphones dans un monde parallèle au notre ? Nous prendrions nous pour Alice à la poursuite du Lapin blanc ? Doit on parler de virtuel ou d'irréel quand on évoque le numérique et ces dizaines d'objets connectés ? Il était temps qu'un philosophe s'empare du sujet, avec lisibilité et matérialité. C'est le propos de Stéphane Vial dans son ouvrage « L'être et l'écran »

StephaneVial02.jpg

Parce que nous sommes tous d'accord pour reconnaître que le numérique et la dématérialisation ont considérablement bouleversés notre vision et perception du monde, au point de dégrader ces artefacts, ces pixels et ces codes binaires, les renvoyant dans le monde de l'imaginaire et de l'inexistant. Notre technologie se veut de plus en plus « confortable » et « invisible », usant et abusant des astuces de la magie, au point de paraître si volatile, qu'elle ne semble plus réelle, ni même irréelle, mais juste virtuelle. La perception du Monde, varie selon les époques, et les cartes des navigateurs du XVIII ième siècle restent largement plus imprécises et poétiques que Maps sous OS6.

 

 

Dans son propos, Stéphane Vial, argumente et décrypte en quoi ce nouveau monde de représentation n'est pas virtuel mais bien concret, certes magique mais pas irréel. C'est la lente et douloureuse mutation et diffusion de la technologie dans toute les couches de la population qui rend les réfractaires nostalgiques de leur propre perception du monde. Certains regrettent la découverte d'un trajet sur les cartes Michelin, d'autres les émissions de Jean Nohain sur leur télévision en Noir&Blanc, et certains le charme du téléphone filaire. Dans tous les cas, eux même avaient apprivoisés la technologie de leur temps, et se retrouvent décontenancés face à la technologie du présent. Je ne peux qu'approuver ce discours, étant moi même très souvent confronté lors de mes consultances au discours catastrophiste inverse.

StephaneVial.jpg

Ce livre, bien qu’écrit par un philosophe, est accessible et lisible par tous, j'ai regretté que parfois les longues listes énumératives, des outils et grigris numériques ne ressemblent à la « Complainte du progrès » de Boris Vian : Ou je reprends tout ça, mon frigidaire, mon armoire à cuillères, mon évier en fer, et mon poêl' à mazout, mon cire-godasses, mon repasse-limaces, mon tabouret à glace, et mon chasse-filous. Mais l'argumentaire est implacable et éclairant, nos objets nomades, nos doudous numériques, font et feront de nous des « Hommes » augmentés. Notre quotidien se trouve réenchanté et magnifié et même si pour les ados d'aujourd'hui le monde se voit en images floues et surexposées d'Instagram, c'est la perception de leur monde, rien de plus. Le chapitre sur la photographie est le plus passionnant et mériterait un ouvrage à lui seul.

StephaneVial03.jpg

En refermant le livre, j'ai eu envie de dire « Mais à qui profite le crime ? ». Qui a intérêt à propager l'idée permanente, des dangers d'un monde dématérialisé ? Pourquoi dégrader et classer les activités numériques au rang de virtuel ? Pour eux le virtuel n'existe pas, il n'a donc pas de valeur et donc pas d’intérêt. Ces objets sont pourtant des créations humaines, et ce n'est pas parce que Steve Jobs c'est pris pour le gourou d'une secte à la pomme, que la machine est de création divine. En quoi un jeu vidéo même le plus immersif et le plus violent, fait de pixels et de NURBS, serait plus dangereux qu'un livre ou qu'un film ? En quoi nos photos prises avec un APN seraient moins poétiques que celles prises avec la boite à savon de Robert Doisneau ? La question reste entière. Il est des gourous, que je nomme les nouveaux « curés du Net » qui ne doivent leur survie médiatique que dans la dénonciation de prétendus dangers. Il est des industries mourantes comme la télévision, qui ne retiennent leur audience que par l'exagération et le déni.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article