Le présent n'est que le futur passé...
23 Juin 2012
Si vous ne savez pas comment rendre heureux, une bande de vieux geeks passionnés de jeux vidéos, capables de citer dans le texte des répliques cultes de Star Wars? C'est simple, collez-les tous dans un TGV à 7h17 du matin pour la direction d'Angoulême. Là, placez cette fine équipe dans des fauteuils rouges réservés aux membres du jury des Mini-projets du master 1er année de l'ENJMIN. Dans un jury, il y a toujours les habitués, ces « héros aux regard si doux » prêts à se lever les premiers pour tester, puis les autres plus timorés. C'est sans doute le meilleur moment de l'année à retrouver ainsi dans l’obscurité pour jouer, commenter, s'émerveiller, critiquer et partager avec les étudiants. Il y avait 13 projets à scruter cette année, et pour vous faire saliver, j'aime à vous en présenter quelques uns.
Attention, bien que l'ENJMIN soit la meilleure école de jeu vidéo en France, ce premier exercice qui valide l'année, n'est pas forcément un jeu vidéo. Au contraire toutes les initiatives sont libres, des plus technophiles aux plus ubuesques, des plus imaginatives aux plus poétiques, car l'enjeu est de permettre de plonger un utilisateur dans 10 minutes ludiques sans explications initiales avec tout ce que permet la technologie numérique et papier. Au final c'est bien souvent des jeux à la facture classique qui émergent, mais les membres du jury sont sensibles au coté « Rock&Roll » du projet, de sa créativité et de son impertinence. Nous fûmes servis...
Il faut souvent se rendre compte du parcours du combattant que constitue pour beaucoup d'étudiants l'affirmation d’œuvrer dans un secteur certes familier mais pas toujours populaire. Il a fallu convaincre ses parents apeurés de vous imaginer en futur « NoLife », il a fallu ensuite convaincre les enseignants qui ni connaissent rien et aussi les conseillères d'orientation qui pensent que le jeu vidéo n'est pas un métier, je ne parle même pas ici du banquier. Une fois ces travaux d'Hercule accomplis, il aura aussi fallu aux étudiants réussir le passage d'entrée de l'école, puis se coltiner toute l'année des équipiers qui parfois sont aussi des collocs. Vous comprenez mieux l'enjeu que représente la production de cette première œuvre originale parfois imaginée 10 ans avant ou parfois il y a à peine 6 mois.
Et pour assurer 10 minutes de jouabilité aux candides que nous sommes, il aura fallu aux équipes entre 3 et 5 mois de conception de production et de tests intenses. Vous devinez que les nuits furent très courtes et les réunions agités. Au final, des productions ludiques, parfois empruntes de poésie et de fantaisie et d'autres mêlant humour et décalage. L'image, l'animation, le son, le gameplay et le Level Design sont donc particulièrement regardés par le jury. Si « Mamacucha » apparut comme poétique mais un peu obscurs, « Sphère » fut particulièrement apprécié par un gameplay imaginatif et addictif, desservi par une harpe crispante. Avalanche de projets pour tablettes bien grasses, tous très soignés avec une prime pour « SchizoFusion ». Ce jeu de doigts entrecroisés, délirant vous fera vous lever de votre chaise.
Nous avons eu grâce à « KgTc » l'inévitable rail-shooter, sournois, qui vous fera déplacer vos meubles IKEA pour vous cacher. Les étudiants aiment concevoir des jeux bien violents, qui permettent de bien nous défouler et de Shooter en toute impunité. D'autres entreprirent de faire la chasse aux Hippies dans un Hippicide jouissif et fleuri. J'étais à deux doigts de voir surgir Paul Préboist dans Quelques messieurs trop tranquilles. Nadine si tu nous écoutes ? La fine fleur des créateurs de jeux vidéos aiment utiliser les bas instincts de ce monde pour nous divertir. Une équipe joua le « revival » à fond en construisant une borne rétro pour y glisser un bon jeu de baston où s'affronteront le Directeur de l'école et le Directeur Artistique. Le combat fut terrible et les pixels colorés et criards envahirent l'écran. Joie de tous devant ce « Fight » de titans...
Enfin pour combler nos yeux, décrocher nos mandibules, fatiguer nos pouces et divertir notre cerveau, un jeu concentra à lui seul tous les applaudissements. SerpenteS, avec humour et dextérité, vous fera redevenir un petit enfant de 10 ans et comblera les plus exigeants. Piloter un serpent à deux têtes qui n'en font qu'à leurs têtes avec des bruitages explosifs, dans un décor exhubérant et délirant, vous serez conquis. Faites qu'un éditeur édite ce jeu pour pouvoir reprendre ma partie à Noël. Les membres du jurys sont repartis comblés, des pixels pleins les yeux et la tête dans les nuages. Les pouces enfiévrés, ils ont repris leur TGV avec leur âme d'enfants. Merci pour ce beau cadeau, continuez, soyez créatifs et impertinents...