Le présent n'est que le futur passé...
14 Mars 2012
Un chanteur électrisant et sautillant couvre de son profil l'arrière des bus parisiens. La mèche blonde, le costume pailleté, la ritournelle entêtante, les danseuses légères sont les ingrédients de son talent populaire. Cloclo, omniprésent des écrans, nous plonge dans un revival déroutant. Il y avait déjà Drucker pour l'accueillir chaque Samedi soir dans des émissions lisses et bien pensantes sous l'ère Giscardienne, moderne et factice. Tout semble artificiel, ce déhanché, cette blondeur, ces chorégraphies et ces décors de carton pâte. Seul chanteur populaire encore en mémoire, capable d'animer nos soirées de mariages et nos anniversaires, quand Joe Dassin, Sylvie Vartan, Carlos, Dalida, Mike Brandt, Michèle Torr, Mireille Mathieu, ont disparu à jamais. Ce que je craignais se produira, jusqu'à mes 80 ans, mes oreilles devront supporter ces « Magnolia » et ces « Alexandrie Alexandra », dans les soirées de ma maison de retraite.
Ma génération sera maudite, privée de rock et de pop par la télévision officielle française, elle subira « Ad vitam æternam » Drucker et Guy Lux comme arbitres musicaux. Je dus attendre mes 20 ans et mes séjours en Angleterre et en Allemagne pour comprendre rapidement que ces prétendus stars à minettes n'étaient que des pilleurs. Pire que le piratage actuel, ces chanteurs labellisés et "Druckerisés", passèrent leur temps à aspirer et pomper à grande échelle le talent des autres, Anglais, Américains et Italiens. Sans radios libres, sans internet, sans télévisions musicales, sans MP3, il fallait être un vrai rebelle pour écouter autre chose que ces mélodies sirupeuses destinées à faire oublier la crise pétrolière. Vous m'avez compris je n'étais vraiment pas fan de « Podium ».
Pourtant un homme, à la tête de choux, dans ce marécage vide et bruyant réussit à décrasser nos oreilles et imposer un talent intemporel et inimitable. Très vite ses positions, ses textes, ses sulfureuses chansons, l'exclurent de la bien-pensante télévision de Maritie et Gilbert Carpentier. Il n'en sera que plus talentueux et plus audible par les amoureux de belles mélodies, de mélodies Nelson. Il fit chanter les plus belles femmes du monde, avec des CLIP ! CRAP ! des BANG ! des VLOP ! Et des ZIP ! SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! quand Cloclo faisait pleurer le téléphone. Quel bonheur, quel créativité, quel talent et ce sans bouger une oreille, sans l'artifice de danseuses dénudés, sans costumes criards. Un homme élégant et rebelle, un génie musical, un ciseleur de mots. Vous m'avez compris j'étais fan de Birkin, Bardot, Gainsbarre.
Que reste-t il aujourd'hui de ces monstres sacrés et déifiés ? Deux biopics, des centaines de chansons, des images télévisées, des couvertures de magazines, des clips et « scopitones », des billets de 500 francs brulés, des souvenirs en pagaille et des cultes approximatifs. « I want to f... you » avait lancé Gainsbourg à Whitney Houston devant Drucker pour contrebalancer les dizaines d'émissions sans saveurs faites avec François Claude.
Certains titres ont parcourus la planète entière. Des hommages musicaux nous rappellent encore le talent de Serge, quand les concours de sosies pathétiques nous remémorent l'insouciance des années 70. C'est au Japon, pays kitsch et moderniste que les hommages les plus sincères, nous rendent fiers de ces extrêmes musicaux, venant d'enfants de migrants. Ecoutez... Pleurez...Aux armes et caetera...