Le présent n'est que le futur passé...
3 Avril 2009
Dans la Cosmogonie Egyptienne, le dieu Apophis bu l'eau du Nil à la tombée de la nuit pour se venger des hommes et anéantir ainsi la création divine. Représenté par un serpent géant, il incarnait le mal absolu. Tous les soirs le dieu des forces du mal attaquait la barque de Ré voguant sur le nil. Mais à chaque fois le mal était vaincu par le petit chat de Ré qui décapitait le serpent. Chaque levé de soleil voyait ainsi la victoire du bien sur le mal.

Dans la Cosmogonie gouvernementale actuelle, Apophis est cet horrible internaute, esprit du mal qui chaque soir à la tombée de la nuit assèche par ses téléchargements répétés la douce rivière à profit des majors du disque et de la vidéo. Chaque soir les robots scrutateurs du petit chat Hadopi traqueront les forces du mal absolu pour priver l'horrible et odieux Apophis de sa connexion à haut débit. A l'inverse de la fable égyptienne, Hadopi le petit chat de Ré se retrouvera noyé chaque matin par des millions d'Apophis encore et toujours plus nombreux.

Voici donc la morale inversée de cette fable parlementaire. Tardive et sans effets sur le phénomène, elle fait rire aux dépends des artistes, oubliés par l'état, bafoués par la SACEM et désargentés par le fisc. Gentiment questionné par mes étudiants, notamment ceux de Dauphine en Master de gestion des institutions culturelles, me voici bien en mal de répondre à leurs interrogations sur l'efficacité d'un tel dispositif répressif.

Car voici bien le paradoxe, l'industrie du disque s'effondre, la cause en serait le téléchargement massif, donc acte mais voilà que les estimations du ministère de la culture chiffrent à 30 000 le nombre d'internautes pouvant être touchés par la loi Hadopi. Comment peut-on imaginer crédible que seuls 30 000 internautes ruinent l'industrie du disque !!! Et donc pourquoi imaginer un tel dispositif irréaliste et coûteux même graduer pour traquer si peu de monde ? Sans l'assurance que le problème se règle ni que par magie les ventes des disques de Lorie décollent.
La loi propose la création d'un nouveau délit : le "fait, pour la personne titulaire d'un accès à des services de communication au public en ligne, de ne pas veiller, de manière répétée, à ce que cet accès ne fasse pas l'objet d'une utilisation à des fins de reproduction, de représentation, de mise à disposition ou de communication au public d'œuvres ou d'objets protégés par un droit d'auteur ou par un droit voisin sans l'autorisation des titulaires de droits lorsqu'elle est requise".
Il propose la création d'une autorité administrative indépendante, la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet ou « HADOPI », qui aurait pour rôle la mise en œuvre d'une « réponse graduée » contre le délit sus-cité.
Comme à notre habitude c'est avec un retard de 10 ans après moult rapports non lus que notre classe politique c'est emparé du problème, toujours vaillante après la bataille. Seulement cette fois l'usage est tellement ancrée qu'il sera difficile de faire marche arrière et de restaurer une activité déjà vouée à l'extinction. La riposte graduée était sans doute d'actualité en 1999, quand, moins de 30% de la population était équipée. Aujourd'hui cette mesurette semble désuète et inadaptée alors que l'expérience des autres pays nous prouve sa très faible efficacité.

Alors que faire ? il va falloir se faire une raison mais seule la consommation forfaitisé de musique, et le basculement complet des catalogues payants des majors disponible au téléchargement, seraient de nature à garantir un revenu aux artistes et limitera la casse en terme de piratage Mais voilà c'est toujours l'aspect répressif qui fait recette et jamais ni l'innovation ni la protection. Alors le pauvre petit Chat Hadopi continuera à se noyer dans le flot incessant du piratage orchestré par l'ignoble dieu Apophis.