Le présent n'est que le futur passé...
20 Septembre 2015
« Exposition Universelle », cela sonne très « Second Empire » quand la Reine Victoria venait à Paris en train à vapeur, que le Grand Palais était accessible en trottoir roulant, ou que la Tour Eiffel célébrait la fée électricité. Après Hanovre en 2000, Shanghai en 2010, c'est au tour de Milan d’accueillir l’exposition Universelle, troisième du nom de ce nouveau millénaire. Après Séville en 1992 et Lisbonne en 1998, se sera ma troisième Exposition Universelle, et mon expérience de piétinement et d'attente devant les pavillons est à son paroxysme. Chaque exposition universelle a un thème par définition « universel » et pour ne pas déroger à la règle, cette Expo portera le sous titre de « Nourrir la planète, énergie pour la vie ». Voici donc ma carte postale de l'Expo...
Sous des trombes d'eau, bien chaussé mais sans parapluie, je m'en vais vous compter ma frénétique découverte des pavillons les plus emblématiques du site. Une grande allée couverte mais non étanche, d'un kilomètre de long, répartit judicieusement les pavillons par nations. Les plus riches côtoient les plus pauvres, dans un décor de carton pâte façon Bollywood. A première vue aucun pavillon ne restera, est c'est peut être mieux ainsi, après l'énorme gâchis de Séville. Les organisateurs ont misé sur le non durable recyclable. Un superbe satisfecit au pavillon de Monaco qui a très bien compris le concept, et qui non sans humour a assemblé quelques containers. Pour les autres pavillons, comme la France, le Japon ou la Grande Bretagne, la structure démontable est très visible et pourra se retrouver sans mal sur une aire d'autoroute, où l'entrée d'un parking.
A l'inverse des autres Expositions Universelles, point de manifeste architectural à contempler ni a conserver, mais un vaste bric-à-brac hétéroclite, bigarré et composite. Le pavillon Italien construit en dur est fonctionnel et sans charme, quand aux pavillons Russe, Allemand et Américain, ils sont massifs, prétentieux et pompeux. Chaque nation a une image particulière de sa représentation, et malgré sa puissance économique, la Chine a joué la tradition et la modestie. Dans ces enveloppes éphémères devaient se déployer les initiatives et les réponses à la question vitale de l'alimentation des Hommes. C'est là que tout se complique. La majorité des pavillons ont simplement reposés la problématique, comme de mauvais étudiants qui n'ont pas bien compris la question. D'autres se contentent de proposer un restaurant de spécialités locales à la suite d'un parcours vidéos présentant des champs, des vaches, du vin, du maïs, et deux heures d'attente.
Une heure d'attente sur la pavillon Allemand pour manger des saucisses, un Shot de Vodka à 5 euros pour le pavillon Russe, ou des Tapas à la suite d'une projection sur assiettes du pavillon Espagnol, est la programmation alimentaire minimum proposée. L'humour des Hollandais sauvera la mise avec des food-trucks à frites et le pavillon Belge se transformera en pavillon de la bière. La palme du gigantesque « foutage de gueule » revient au pavillon Américain, qui vient faire la morale « Universelle » sur les vertus du « Bien manger » !!! WTF quand on est l'inventeur et le promoteur de la « junk food ». La chose la plus visible de cette « Expo » est la place d'honneur faite à la malbouffe avec une multitude de stands NUTELLA, FERRERO, Mac Do et compagnie. Était-ce bien raisonnable ? De dépenser autant d'argent et de moyens ? Pour laisser autant de place, au pire de la société de consommation occidentale ?
Quid du pavillon français ? Dans cette débauche consumériste ? A mon grand étonnement et avec une immense fierté, le pavillon français était l'un des rares à avoir joué le jeu, sans prétention de l'alimentation. Une structure en bois élégante et accueillante, invitait le public à une découverte pédagogique de nos terroirs et de notre diversité. La Bretagne s'y trouvait surreprésenté. Avec un vrai potager et un vrai boulanger, ce petit coin de France tranchait avec la décoration cheap et les amoncellement de fruits et légumes en plastique des autres pavillons. Pourtant l’Italie est aussi un grand pays de gastronomie, d'art de vivre et de bonne chaire, qui furent modestement mis en scène dans le pavillon « Eataly » (admirez le jeu de mots). NUTELLA trustait le mécénat de l'EXPO, faisant oublié du même coup sa composition d'Huile de palme à 80%.
En revenant de l'Expo, j’eus ce sentiment amer, sans doute accentué par le mauvais temps, d'une édition ratée, sans réponses prospectives, ni enchantement visuel, ni prouesses techniques ou architecturales. Simplement dire j'y étais, sans jamais y avoir assouvi ma gourmandise de Geek, la débauche technologique tout comme la débauche alimentaire étaient absentes. La prochaine Expo est prévue en 2017 au Kazakhstan, avec comme thème : l'énergie de la planète. Paris postule pour une édition en 2025, mais est-ce encore nécessaire ? À l'heure des réseaux sociaux, du village global et du numérique ? Il reste que Milan est une très belle ville, où les plaisirs de la table se disputent aux plaisirs des yeux, où les Milanais et Milanaises sont particulièrement élégants pour ne pas dire Smart, sujet de mon prochain billet.
Le site de l'EXPO
Le site de l'Expo France 2025