Le présent n'est que le futur passé...
16 Septembre 2010
Une semaine entière dédiée au « Serious Game », tel fut le pari de ce « Campus européen 2010 » de l'Université de Poitiers. A défaut d'être très répandu et très pratiqué, le « Serious Game » a au moins le mérite de faire parler et pour certains de s'offrir une nouvelle virginité. Se former en s'amusant peut paraître naturel. Dans notre société judéo-chrétienne ou l'apprentissage et le savoir doit se faire dans la souffrance et la douleur, l'idée n'était pas évidente. La première vertu du jeu vidéo est sa capacité de séduction et sa capacité à captiver le joueur. Cette séduction fait rêver le monde de l'enseignement qui parfois rame à rendre attentif et motiver leurs élèves. Cela se complique dans le monde de l'entreprise lorsque la formation interne se fait sans carottes financières.
Parfois le « Serious Game » est plus « serious » que « game », et ressemble aux didacticiels des annes 90. La vague « Serious Game » permet de ripoliner à bon compte un e-learning vieillissant. D'ailleurs ce terme est plus utilisé en France qu'outre atlantique, pays qui vénère « l'édutainement ». Tout jeu vidéo peut avoir sa phase de développement personnel, c'est la « gamificatioon of life » comme le dit avec provocation Sébastien Doumic (Co-fondateur de OUAT entertainment). MarioKart est à sa façon un serious game si l'on retient comme composante de sa définition du « Serious Game » arbritage et surprise.
Un très bel exemple de « Serious Game » « AZUR le village aux oiseaux » développé par TEKNEO. Présenté aux séniors comme un jeu et non comme un outil, les personnes âgées se régalent de cette attention tout en conservant leurs compétences. Cette démarche à la fois scientifique et ludique s'inscrit parfaitement dans la définition du « Serious Game ».. L'on peut jouer sans se douter d'être en apprentissage.
En revanche, à l'opposé, un projet comme http://www.sos-21.com surfe allégrement sur la vague « green » en captant les fonds d'organismes et de grandes entreprises. Comment imaginer des collégiens s'immerger dans cette interface désuette, moralisatrice et faussement interactive. Cela ne séduit que les institutions et les entreprises, pas le public, qu'importe, je crois que cela s'appelle du « GREENWASHING».
Sébastien Hock-Koon (Doctorant au laboratoire EXPERICE Paris 13) sur la base des travaux de Gilles Brougère, nous a proposé de se former à SuperMarioBros, le jeu qui forme au jeu en quelque sorte. Ou comment rendre scientifique l'équation qui permet d'obtenir le score maximum en un temps minimum. Démo réussie qui pourrait persuader les enseignants d'utiliser le jeu vidéo pour en dégoutter les élèves. Le jeu a une fonction transgressive, en en faisant un sujet d'études comme avec la lecture ou l'anglais on pourra avec efficacité et succès en dégoûter les enfants.
Toute cette technologie numérique, toute cette réflexion cognitive a pour objectif de nous faire passer un message ou un savoir faire. La technique et le gameplay n'est pas une fin en soi. Comme le fait remarquer Gilberto Lacerda Santos (professeur à l'Université de Brasilia), c'est un peu comme si nous passions plus de temps à imaginer et concevoir une fenêtre qu'à créer et regarder le paysage.
Se pose alors inévitablement la question de la véracité du jeu et son niveau de proximité avec la réalité pour qu'il puisse être crédible et pertinent. Ainsi la très belle réalisation « Save our soul » de Medigames est plus un « Game sérious » qu'un « sérious game » comme le présente Goran Vrbancic (Gérant du Studio). Il est donc difficile de placer le curseur à l'endroit le plus adéquat pour maintenir la séduction vis à vis du joueur et la pertinence pour son apprentissage. Cette semaine riche d'enseignements aura démontrée l'importance du responsable éditorial quant aux choix du gameplay et au contenu à dispenser.
Merci aux organisateurs de ce campus pour leur disponibilité et leur ouverture d'esprit. Merci à l'université de Poitiers Enfin merci à Laurent d'avoir joué le rôle de « Mascotte » du campus en générant de manière aléatoire et systématique la première question.