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Eric Leguay, ma vie numérique

Le présent n'est que le futur passé...

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La liseuse numérique n'a pas d'avenir

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Nous lui avions pourtant trouvé un jolie surnom à cette tablette à lire. « Liseuse », par son baptême, elle devait bouleverser l'industrie du livre dans sa course à la conversion numérique. Nous avions gardé le souvenir rétinien de la belle liseuse de « Fragonard », attentive et apaisante, le coussin bien calé, prête à nous lire des histoires coquines. Elle devait peu à peu remplacer les livres si chers à imprimer, à diffuser et à stocker et si souvent pilonnés. Avec la « Liseuse » nous allions pouvoir amener avec nous en permanence l'équivalent de la grande bibliothèque d'Alexandrie, dans le ReR aux heures de pointes ou à la plage en plein mois d’août. Ils furent nombreux à y croire à ce morceau de plastique rétro-éclairé diffusant une encre numérique. Du cytale de 1998, il ne reste presque rien qu'une longue lignée de liseuses aux surnoms énigmatiques : ebook, reader, Kobo, Kindle.

Cybook.jpg

Car voyez-vous, le consommateur français ne fait jamais rien comme tout le monde. Si dans les pays anglo-saxons, l'ebook connaît un succès retentissant, il reste chez nous confidentiel. J'ai beau prendre le TGV toutes les semaines et pourtant je n'en ai jamais croisé. Idem dans le VIP Lounge de la Gare Montparnasse si propice à l’exhibition de nouveautés technophiles, rien, pas de liseuses. Idem dans le ReR ligne A coté Ouest , qui entre deux pannes laisse le temps de dévorer 2 chapitres d'un roman : rien. Rien non plus dans les aéroports, sous votre sapin à Noël, ou dans les listes de mariage. Pire encore, mes amis Geek n'ont même pas posé un œil dessus. L'objet serait-il à ce point dépassé, inutile et futile ? Pourquoi un tel rejet ?

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Pourtant l'objet est désormais fiable et confortable avec une offre fournie. Le succès du Kindle d'Amazon est retentissant et le chiffre d'affaire de la diffusion du livre numérique ne cesse de progresser, aux USA, Grande-Bretagne et Allemagne, pour sans doute atteindre 20%. Dans ces pays l'objet est perçu comme pratique et économique car le prix de la version numérique d'un livre est très avantageuse. Facile à allumer, ranger et consommer il a développé des vertus d'efficacité et d'optimisation que nous ne lui reconnaissons pas. Aux USA, les ouvrages professionnels, sont désormais plus vendus sous une forme numérique, en adéquation avec leur objectif de rentabilité. Au Japon ou l'espace est très compté le succès est encore plus flagrant, y compris pour les mangas. Alors que chez nous c'est électroencéphalogramme plat, les ventes ne décollent pas.

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Avec la FNAC qui va très mal, VIRGIN qui ferme son magasin étendard des Champs, des dizaines de libraires qui jettent l'éponge, l'avenir du livre numérique s'annonce très sombre. Pourtant la vente de tablettes numériques multimédias explosent et même parfois plus chez nous qu'ailleurs, cherchez l'erreur. Certains accusent la loi Lang et le prix fixe du livre, d'autres parlent de la faiblesse de l'offre, enfin les plus archaïques justifient ces méventes par la culture du livre en France. J'ai ma propre approche et ma vision un soupçon décalée, venant de mon regard sur le comportement de mes concitoyens. Malgré ses qualités, l'objet « liseuse » fait ringard et est statutairement démonétisé. Cela ne fait, ni chic ni branché de l'exhiber, devant vos amis ou vos collègues. Au contraire il fera sourire car perçu comme un iPad du pauvre, une sorte de sous tablette.

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Nous vivons notre modernité par l'exhibition d'objets numériques qui valorisent notre condition sociale et qui deviennent des « positionneurs sociaux ». L'iPhone puis l'iPad ont remarquablement bien joué ce rôle de marqueur social capable de vous situer dans la galaxie moderniste. Adopter ces outils vous garanti une reconnaissance sociale et professionnelle pendant deux ans. Ainsi donc la "génération X" en mal de « modernitude » exhibera sans peine l'objet rutilant, même si parfois il ne leur sert à rien. La tablette est plus avancée, car multimédia, tactile, connectée, jouable et exhibable. A quoi bon dans ce cas investir dans un « stuff » si peu valorisant pour vous et si ringard au regard des standards. Le Français se fout d'être efficace, ce n'est pas une compétence monnayable, en revanche montrer que l'on est connecté, débordé, updaté, quel pied... La « Liseuse » n'a jamais eu cette possibilité, elle restera au placard, attendant de voir l'effet produit avec la Kindle Fire...

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D
Je tombe sur votre article fin 2018... et les liseuses existent toujours, avec même un grand choix de modèles même si le secteur est surtout dominé par 2 marques. En même temps, la législation française n'a toujours pas popularisé la lecture numérique hélas. Personnellement je trouve la liseuse géniale, bien plus confortable qu'une tablette pour un vrai plaisir de lecture même en extérieur, même en plein soleil (et même la nuit bien sûr) et, contrairement à Soledad, je n'ai pas le sentimentalisme du livre papier (que je trouve être aussi, d'une certaine façon, du matérialisme). Etant surtout intéressée par le contenu plus que le contenant, la liseuse me comble. Longue vie à elle !
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S
<br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> votre analyse est très pertinente. Mais vous oubliez peut-être aussi un élément. Les gens ont appris du passage à la musique numérique que la dématérialisation s'est accompagnée de la fin<br /> progessive de la notion de propriété et du règne de la location. On achete aujourd'hui le droit d'écouter un titre de musique sur un support précis et il n'est plus possible, ni de le prêter<br /> ni de le changer de support. Il n'y a pas de raison que cette évolution n'accompagne pas le passage au livre numérique.<br /> <br /> <br /> Mon livre papier, je le lis, je le tord, je le gribouille et je pleure dessus, mais surtout, je le prête, je l'échange ou le renvends et parfois, même, je l'oublie dans un train pour que,<br /> peut-être, un inconnu le lise.<br /> <br /> <br /> Je suis peut-être une grande sentimentale, mais avec mon livre papier, c'est aussi cette liberté que je défends!<br />
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