Le présent n'est que le futur passé...
14 Juin 2010
Quelle sera la semaine ? vibrante et enthousiasmante ou pathétique et déprimante ? Tout l'avenir moral, économique et politique de notre pays semble suspendu à la victoire de notre fantomatique équipe de football dirigée de main de maître par un Ubu roi. Il y a pourtant 10 ans à peine, tout semblait nous sourire, la fleur au fusil, fort de notre victoire de 98, nous rêvions tous de devenir des milliardaires de la nouvelle économie. Nous regardions avec gourmandise, les nouveaux projets de lignes TGV, de fibre optique, de haut débit, de lecteur MP3, de cythale et d'écrans plasma fêtant les début de la télé réalité.

Que s'est il passé en à peine 10 ans pour que notre pays, jadis si fier et inventif en arrive à rêver d'obtenir les miettes d'une coupe d'Europe et tremble à l'idée de perdre une coupe du monde ? Qui sommes-nous devenus pour avoir à la vitesse du TGV digéré d'avance notre défaite et par un défaitisme généralisé, partir perdant d'avance ? Nous sommes nous à ce point par des dettes abyssales rapprochés irrémédiablement de la Grèce ? Sommes nous devenus les champions du monde de l'auto-flagellation et de l'auto-dénigrement assumé ?

Le malaise semble plus profond et la réalité plus cruelle qu'il n'y parait. Notre pays fait d'ingénieurs et de bâtisseurs s'est modelé avec un certain génie mais surtout en totale autonomie voir en complet décalage avec le reste de nos voisins lointains ou immédiats. Tout chez nous, c'est fait à notre image, notre République, notre laicité, nos 35 heures, nos universités, nos parfums, notre cinéma, notre administration, notre minitel et notre réseau ferré. Notre Colbertisme viscéral nous a permis jusqu'aux années 80 de surnager, de créer, d'exporter et de concurrencer nos rivaux avec fierté, orgueil et arrogance.

Nous savions programmer des ordinateurs, développer des concepts, défiler sur des podiums, imposer la TVA, diffuser la carte à puce, fabriquer des téléviseurs, bâtir des tours, des tunnels, des ponts, des centrales nucléaires, exporter des chanteurs à textes, conserver 300 fromages et nourrir l'Europe entière. Nous étions fiers de la modernité du Concorde, de l'airbus, d'Alcatel, d'Alsthom, de Matra, Thomson et du TGV. Nous savions que sur la planète il y aurait toujours une Renault pour nous transporter, Sophie Marceau pour nous faire rêver et que Vuitton et nos Croissanteries nous survivraient. L'apogée de cette vision patriotique économique culmine bien en 1998, fin de siècle triomphant, où nos démons du passés semblent enfin terrassés.

Seulement voilà en 10 ans nous n'avons pas bougés, notre TGV a vieilli, le minitel a disparu, Thomson est bazardé, moulinex centrifugé, eads germanisé et notre concorde c'est écrasé emportant avec lui tous nos rêves de modernité. Il y a pourtant eu ce petit bonhomme qui proclamait que demain tout serait possible, nous y avons cru, mais point de changement à l'horizon, que des déconvenus. La France c'est figée, réduite, ratatinée, rabougrite. C'est la France à la sauce Raffarin qui triomphe celle du petit, du moyen, du médiocre, mendiante devant la Chine et voilée devant l'Iran.

Nous n'étions pas habitués et encore moins préparés à ce changement si brutal de notre quotidien et de nos schémas de pensée. Nous ne nous attendions pas à être aussi vite déclassés, tremblant à la perte de notre notation triple A. Nous nous pensions encore grand quand nous étions déjà si petit, si dépendant de Shenzhen et de Cupertino. Nous avons perdu 10 ans à ne pas croire à ne pas vouloir voir la réalité mondialisée. Aujourd'hui le progrès s'écrit sur l'ipad, se vit avec la Wii, se conduit en Hybrid, se géolocalise avec TomTom; se dématérialise sur itunes, se personnalise avec Nike, s'accroche avec une dalle LED, se regarde en 3D, se construit sur Twitter et s'imagine en Corée, en Inde, ou au Brésil, mais plus à Paris.

Cette semaine est chargée de symboles, et de moments forts, appel du 18 juin, réforme des retraites, France-Mexique, dont le succès façonnera nos 10 prochaines années. Alors excès de défaitisme ou brutale prise de conscience ? auto-flagellation ou réalisme ? dénigrement ou objectivité ? à vous de trancher, de créer, d'imaginer notre futur passé...
Les images proviennent du site
http://www.sport24.com/football/diaporamas/les-champions-du-monde-1998/
Crédit photo : Panoramic