Le présent n'est que le futur passé...
11 Juillet 2013
Le temps des vacances est arrivé, comme beaucoup, vous allez partir vous faire bronzer, et dans la voiture climatisée, pendant que vos enfants jouent derrière sur la tablette toute neuve, vous écouterez « Get Lucky » des Daft Punk. Vous serez sans doute des millions à danser sur cette musique entraînante, ou bien à aller voir un concert de C2C ou mieux encore échanger le dernier clip de WoodKid. Vos voisins du camping, Anglais, Allemands ou Néerlandais seront épatés d'autant de variété, de créativité tout en dégustant un verre de rosé frais et en engloutissant une boite entière de macarons. Les puristes et les pointus de la musique, de l'art, du cinéma, de la cuisine, et de l'animation, parleront cette année encore de la « French Touch »
J'ai longtemps cherché à quoi correspondait cette "French Touch" comment la discerner, l'analyser, la reproduire, la valoriser. Car c'est un classique, en musique, en publicité, en animation de qualifier les productions hexagonales créatives et subtiles de « French Touch ». Mes étudiants de Gobelins sont ma source première de recherche d'analyse de cette « French Touch ». C'est en discutant avec eux, en les regardant travailler, en discutant avec des producteurs américains, Anglais, Suédois et Allemands, que j'ai découvert ce qui les fascinait chez nous. En voici une très brève synthèse.
En premier on notera la forte sensibilité culturelle des étudiants français. Ils sont très curieux et surtout d'une ouverture culturelle incroyable. Un étudiant français dans les arts graphiques, jeux vidéos etc etc etc est incollable à la fois sur les Mangas, les Tags, les comics, les affiches, les pubs, l'art mais aussi le cinéma, la musique. Ses sources d'inspirations sont multiples qu'il fusionne assez facilement. Les étudiants anglosaxons sont plus classiques, tout aussi passionnés mais moins éclectiques. Je me souviens un jour d'un débat d'expert entre deux étudiants sur les différences entre la Manga Chinoise et Japonaise. Où ailleurs peut-on avoir ces débats là ? en Europe ?
Dans une production numérique, musicale ou graphique, le regard porté est immédiatement perceptible. La prise en main immédiate du sujet, devient une source de foisonnement quand souvent les anglo saxons attendent un cahier des charges précis. Une idée génère une fulgurance... Nous interprétons immédiatement parfois même sans finir d'écouter la demande. Je me souviens le regard éberlué de mes clients Suédois qui le jour de la présentation on découvert un produit très différent du cahier des charges mais terriblement plus sexy. Nous aimons balayer les codes, n'en faire qu'à notre tête, dépasser la demande, dépasser les bornes.
Peuple révolutionnaire dans l'âme, nous ne révolutionnons plus que dans nos salons et cela se ressent. La remise en question permanente, surprend les interlocuteurs étrangers. Il n'est pas rare de voir une personne jeter son premier travail car jugé imparfait. Nous ne sommes jamais dans l'amélioration mais dans le premier jet, dans l'instant, le jaillissement, la vision, la fulgurance, les autres étudiants d'autres pays sont plus laborieux. On travaille beaucoup, mais des fois pour rien. La démarche se situe entre le travail d'artiste et d'artisan. Le débat se trouve être permanent et confus dans le groupe de travail, ou tout est toujours remis en question et jusqu'à la dernière minute, celui qui a la meilleure idée l'emporte, au risque de faire capoter 100% du projet. Dans les autres pays on respecte plus la commande et la hiérarchie.
Nous avons naturellement un mode de production à la 80/20 qui permet à la fin de la production de mettre une petite touche personnelle à la manière des cuisiniers, des grands couturiers, c'est la signature. C'est la cerise sur le gâteau... Le produit est souvent livré en retard mais avec ce petit "je ne sais quoi" ce petit "supplément d'âme" et l'on comprend immédiatement qu'il n'est pas allemand... Au final cela donne des produits souvent plus innovants, plus pétillants, plus recherchés, plus élégants, moins conventionnels qui malheureusement sont de moins bonne qualité car moins travaillés mais plus agréable... Toujours plus élégant et charmant mais pas toujours efficace et fiable. Bonnes vacances et bonne « French Touch »