Le présent n'est que le futur passé...
1 Décembre 2011
2007-2012, l'heure du bilan approche, 5 années de vie d'une prospective de développement numérique à regarder à la loupe pour enfin concrétiser nos rêves de modernité. Ce fut l'ambiance de l'ouverture de ces 4ième assises du Numérique à Dauphine. Pour oser une métaphore architecturale je dirai que le numérique en France est un peu à l'image de l'université qui nous accueillait : un vieil édifice labyrinthique en chantier. Beaucoup de ministres et le premier d'entre eux avaient fait le déplacement pour bien affirmer que le numérique était stratégique et qu'il était perçu comme source de nos développements futurs.
Première auto congratulation ministérielle : se féliciter du passage réussi de la télé analogique au 100% numérique, sur toute la France et pour tous les français avec 18 nouvelles chaînes. C'est en effet un immense progrès et le tout plutôt bien orchestré. Mais comme le fit remarquer très justement Bernard Stiegler en ouverture des débats ; la TNT pour faire quoi ? Donner de la « Daub » à regarder ?. Qui a le plus fait pour la diffusion de la télé numérique ? L'état avec son plan numérique ou les opérateurs, Free en tête avec son offre triple play à 29,90 euros ? Le monde de la « Télé » linéarisé ne comprend toujours pas les codes délinéarisés du Web. Le constat est cruel pour les chaînes historiques.
La vraie question est de savoir si ce plan initial, ambitieux, a permis à la France de se hisser au plan des grands pays numériques ? La réponse est mesurée et complexe. Coté équipement nous sommes en effet à la fois leader et pionnier dans l'offre économique et l'équipement en Haut débit. En revanche en terme de génération d'activité autour du numérique et donc plus généralement de l'économie numérique, le bilan est sombre. Si le ministre s'est félicité de la création de 700 000 emplois, en revanche nous sommes classés 21ème pays de l'OCDE pour les services numériques aux entreprises, 31ième pour les services à la personne. Ce qui est vraiment plus inquiétant est notre très mauvaise place dans la part du PIB générée par le numérique. Nous sommes un peu en dessous de 5% du PIB généré par le numérique (7% pour la Grande Bretagne) quand Israël petit pays de 7 millions d'habitants, génère 10% de son PIB grâce au numérique.
La France manque de projets à visibilité internationale. Les exemples de développement numériques viennent systématiquement de l'étranger, en premier lieu l'Asie avec Singapour comme première ville numérique (Paris est 6ième) mais plus surprenant Amsterdam ou Stockholm. Nous sommes très loin des années "Partenay Numérique". Les Pays-bas hébergent déjà 120 « Smart Work Center » ce qui permet à 15% des salariés de travailler plus proche de leur habitation. De tels projets sont encore à l'étude à Lille ou Strasbourg. La ville est en effet le premier enjeu du développement du numérique pour les services aux entreprises et les services à la personne. N'oublions pas que 80% des français sont des citadins nomades. Seuls 100 000 sites sur les 800 000 sites web français ont une application pour mobile. Je ferai un post dédié à la ville numérique.
Une journée dense et intéressante qui confirme à mes yeux de plus en plus le divorce entre les responsables politiques, les opérateurs, les institutions et le quotidien des citoyens internautes. La France est déjà numérique, et une grande partie des français comprennent les enjeux et savent très bien utiliser cet outil dont ils sont de plus en plus expert. Il y a vraiment un gap culturel entre deux monde et deux visions de la société du numérique. Le discours ahurissant du Président de l'arcep donnant une vision bonapartiste non collaboratif et non participatif des méthodes de déploiement du numérique en France en dit long sur la vision du numérique chez nos élites.
http://www.assisesdunumerique.fr/
A lire pour retracer l'histoire de ce plan :