Le présent n'est que le futur passé...
20 Juin 2010
Je ne sais pas si comme moi vous avez déjà fait se rêve étrange et dérangeant ? Il m'arrive quand vient le mois de juin, à la simple énoncée des sujets du bac philo, à me mettre à disserter. Pour certains ce rêve est un cauchemar et pour d'autres les agrégés de philosophie, l'occasion sans doute d'un exercice intellectuel nocturne de qualité. Alors voici que cette année, le sujet du baccalauréat philosophie Bac général série économique et sociale, ce qui fut MA série traitait d'un thème qui m'est cher: l'usage du passé dans la projection et l'interprétation de l'avenir.

Car voyez vous notre ordinateur interne a besoins ,pour fonctionner, d'appuyer sur la touche « delete ». Cette fonction naturelle d'auto-sélection, d'auto-destruction et d'auto-archivage de nos souvenirs nous permet de vivre simplement. Tout comme un disque dur trop plein, il nous faut nous autres terriens, vider un peu de mémoire pour quelle vive. C'est un fait prouvé, médicalement analysé, scientifiquement argumenté et philosophiquement examiné. Ce qui est valable pour notre cerveau de 1,350 Kg, l'est également pour la mémoire d'une nation, d'un pays qui souvent après de grands traumatismes a tendance à faire table rase de son passé pour progresser. Seulement voilà, avons nous vraiment besoins de garder notre passé vivace pour construire l'avenir ? où notre avenir n'est que la continuité de notre passé ?

J'ai dans plusieurs post publiés sur ce blog, expliqué et énoncé que le concept du « futur » était une notion récente que la perspective de l'an 2000 avait fait ressurgir dans les années 50, années d'après guerre. Ainsi avons nous tendance à ne voir le passé que comme une juxtaposition ou une superposition de strates humaines sans liens. Nous raisonnons comme si les romains succédaient aux grecs sans relations et que les Français du 18ième siècle étaient des extraterrestres d'une planète disparue. L'histoire est un continuum chaotique construit par une seule et même espèce l'HOMME. Nous trouvons mystérieux la construction des pyramides par les Egyptiens, en oubliant que nous savons voler.

Car en fait il est impossible d'oublier le passé, de l'ignorer, de passer outre. Il y a toujours un élément, un mot, un lieu, un visage, un événement, un écrit, un témoin qui fera ressurgir la mémoire enfouie mais jamais détruite. C'est un peu le mirage révélé par le Net qui apparaît comme superficiel, volage, virtuel alors qu'en fait c'est la plus gigantesque mémoire vivante de l'Humanité. Rien jamais n'y disparaît alors que notre société matérialiste pensait que la dématérialisation allait nous sauver pour mieux nous cacher. Notre passé est gravé quelques part en code binaire, en pixels, en jpeg, en doc, en datas alphanumériques stockés dans les nuages (private cloud computing)

En revanche ce qu'il est possible de faire avec le passé, ce dont les Hommes raffolent, c'est de l'utiliser, le triturer, le réécrire, le déformer, l'enjoliver, le dramatiser pour mieux sans servir et l'exploiter. Ainsi la République s'est construite sur la détestation de la monarchie en faisant passer Louis XVI pour un petit gros oisif alors qu'il mesurait 1m93 et était sportif. La vénération sans scrupules de notre passé aide beaucoup nos contemporains à se construire eux même faute de talent ou d'envergure. Combien sont ils ces temps-ci à vouloir endosser le costume trop grand d'un général pour se donner une stature d'homme d'état ? ne voulant voir que l'homme du 18 juin pour mieux cacher l'homme du 6 mai (Fuite à Baden Baden).

On repart à zéro on efface tout, c'est sans doute ce qu'a pensé hier soir, seul dans sa chambre mais bien trop tard, le sélectionneur d'une célèbre équipe de football plus connue pour ses frasques que pour ses exploits. Et pourtant là aussi le passé est détricoté pour être retricoté, mais au final pour rester sans avenir. C'est un petit exercice que je fais avec mes étudiants le premier cours de la rentrée, les faire réfléchir à leur vie numérique future. ils arrivent très bien à faire abstraction de leur vie passée pour se projeter dans un futur qui est toujours dépassé par la réalité.
Pourtant tous les jours dans les laboratoires de Recherche&Développement s'imaginent des produits de demain qui vont modeler notre vie. Notre présent se construit avec le web, les ordinateurs, la démocratie, la loi du marché, les marques, la pollution et l'ipad d'Apple si j'ai bien lu la presse. Mais en fait c'est le citoyen consommateur électeur qui décidera. Il n'a que deux choix, regarder dans le rétroviseur pour mieux se rassurer et finir dans le mur ou décapoter son cabriolet en roulant à vive allure et finir dans le mur. Construire un avenir sans passé est une utopie et ne voir dans l'avenir que la répétition du passé est une aliénation...