Le présent n'est que le futur passé...
10 Octobre 2011
Alors que la France souffre cruellement du manque de logements et que la Défense voit s'annuler une à une les projet de tours chères au Président, la Chine connaît une frénésie constructiviste. Le territoire est couvert de chantiers et les grandes villes explosent avec des quartiers d'affaires titanesques et des centres commerciaux décathloniens. Il n'y a pas d'endroit vierge ou ne pousse une grue et un projet résidentiel.
L'aspect le plus marquant de ce délire urbaniste est la construction de grands complexes de tours d'habitation aux noms évocateurs et a la présentation toujours luxueuse. Ocean Drive, Luxury, private, High Level, Life system, sont désormais des mots communs de la « middle classe chinoise ». Il est étonnant de constater qu'ici, un appartement dans une tour peut être considéré luxueux alors que nous autres occidentaux n'y voyons que des clapiers verticaux.
A part à Manhattan et Hongkong où certains « condominium » peuvent prétendre à l'appellation grand luxe, bien souvent il ne s'agit ici que de HLM prétentieux au standing tapageur et à l'architecture rebutante. Ces tours fleurissent comme des herbes folles masquant tout horizon. Nous sommes loin du modèle pavillonnaire Américain de Kaufmann&Broad et chez nous au modèle maison de maçon de Bouygues. Personne ne rêverait de vivre là.
Particulièrement intrigué par cette vision de la modernité occidentale largement entretenue par la publicité et les magazines Chinois, j'ai poussé la porte d'un prometteur. Comme partout, au centre de l'agence trône une jolie maquette idéalisée, avec des espaces verts parsemés d'enfants qui jouent dans un noman's land futuriste. Un complexe c'est d'abord une bonne vingtaine de gratte-ciels à habiter, tous identiques parfaitement alignés comme les soldats de terre cuite de Xi'an.
Ensuite, nous trouvons un exemple de décoration intérieur d'un salon « modèle expo » tel que l'on pourra en découvrir un dans une tour. Le plan type est généralement un F4. L'appartement témoin se compose d'un séjour avec salle à manger, d'une chambre pour les parents, d'une chambre pour l'enfant unique et une dernière chambre pour les grands parents qui finiront leur vie ici. C'est d'ailleurs le seul modèle proposé, les options incluent la présence d'une terrasse, d'une loggia ou d'une cave à vin attenante à la cuisine.
Le standard de vie est occidental copiant « l' American way of life » le plus polluant possible. la climatisation est omniprésente, la cuisine est équipée et la salle de bain avec bain à remous. Le plus surprenant pour nous est que l'on peut acheter son appartement tout équipé, meubles inclus. Le style proposé est souvent d'inspiration « coloniale Britannique » ou faussement moderne mais toujours de mauvais goût. Si cela produit son effet d'opulence, cela transpire toujours le bas de gamme.
Le prix au mètre carré dans ces « condos » les plus luxueux peut atteindre les 3 000 euros à Shanghai ou Pékin, pour des appartements de 100 m2, équipés et meublés. C'est la classe moyenne qui est clairement visée, car elle explose et copie de plus en plus les standards occidentaux. Que deviendront dans 10 ans ces « machines à habiter » aux finitions précaires et que penseront les enfants uniques élevés ainsi dans des villes sans horizon.
De retour en France, je n'a pu que constater amèrement que même le dernier projet « Phare » de la Défense est puissamment critiqué et ralenti par les riverains et que le projet des deux tours résidentielles jumelles « Hermitage Plaza » est encore sur la sellette. En échange rien n'ai proposé, tout est gelé, il est impossible de se loger. Nous n'aurons pas comme à Malmö de Turning Torso, et les projets novateurs de tours écologiques de Castro pour le Grand paris sont engloutis avec la grosse dette.