Les dialogues de nos vies sont écris, « Madame, monsieur bonsoir ». Promenez vos oreilles dans les allées des supermarchés « Chérie que veux tu manger ce soir ? ». Ecoutez ces litanies ménagères devant le rayon surgelé « Tu sais s'il reste des brocolis au congèle ? » Regardez les couples se déchirer dans le cafés. « Ma chérie, c'est toujours la même chose avec toi !!! tu fais un drame d'un rien ». Ecoutez ces répliques dictées par les séries télés « Jennifer tu sais que je t'aime mais notre amour est impossible ». Ces phrases sortent automatiquemet. « Tu penses à prendre le pain ce soir ?». Les mots s'alignent sagement comme dans une improbable dictée. « On invite tes parents à Noël ? ». Les lèvres bougent dans un immense film mal synchronisé. « Où as tu mis ma chemise Bleue ?» Les sentences sont prémédités. « Tu sais ce que j'ai dis à Berthier ? ».
Notre vie est mal écrite, mal scénarisée comme un épisode de Julie Lescaut tout sonne faux. « Tu fais la tête ou j'ai rêvé ? ». Notre bande son tourne en boucle avec 100 phrases et mille mots. « Je crois avoir bigné l'aile de l'auto». Notre quotidien n'est qu'une liturgie de phrases toutes faites. « Ca fait une heure que je poireaute à t'attendre ». Notre chapelet verbale égraine ses sentences molles «Installez vous, faites comme chez vous ». Nous autre babillards des villes usons d'un vocabulaire optimisé à la redoutable efficacité « Sinon vous les avez en 48 ?». Mais qui nous a appris a construire ce vide mental ? «Je ne me sens pas très bien, je vais allez m'allonger » Qui est le scribe de nos automatismes lingués ? « T'as vu comment il m'a doublé ? il est pas gonflé ». Le scénario est mal ficelé et les dialogues baclés. « Pour faire une bonne blanquette, il faut de bons ingrédients ». Ce n'est plus du Proust et loin d'être de l'Audiard, «J'ai connu une polonaise qu'en prenais au p'tit déjeuner ». Notre générateur automatique de phrases déraille. « J'ai chiné ce petit meuble dans une brocante, j'adore chiner ». Nous ne contrôlons plus nos pensées, elles se noient dans un immense Google mal paramètré.
Le contrôleur me demande mon billet plus de mille fois dans l'année, « vos billets s'il vous plait » à chaque fois il se fait trouilloter, le billet. Notre vie occidentale est remplie de ces riens indispensables et futiles, de ce Nabaztag en goguette qui puce rfid en bandoullière se rendent indispensable dans ce néant pathétique. Et puis il y a ces phrases prophétiques de nos politiques qui enjolivent notre futur alors qu'ils vivent dans un passé aux vitres teintées. « Travaillez plus pour gagner plus » slogan publicitaire pour marque déjà usée et démodée. Il reste nos prières à jamais prononcées comme des chapelets de mots vides mais à l'émotion si intact que l'on en pleurerait au journal de 20h. « Le temps sera couvert sur une bonne partie de la France ». Nos neuronnes rentrent en transe devant ce défilé verbal authentique et mythique. « Le CAC40 a fini en baisse à la mi journée » viendra parachever notre eucharistie quotidienne de mots téléchargés.
« Every body comes to Hollywood » elle a des paillettes dans les yeux lorsqu'elle commence à chanter faux devant sa télé. Sa vie est décalquée sur les modèles photoshopés des magazines de papier glacé, elle sera toujours trop grosse, trop boutonneuse pour attirer. Il n'y a déjà plus de livres, tout est numérisé, codé, coupé, linké et facebooké pour rentrer dans notre compagnon de vie téléphonique. Elle parle déjà sms parfaitement, elle n'a que 12 ans, et lui ce « petit être du bocage » a déjà tué et conquis plusieurs planètes numériques avant ses 13 ans. Il a déjà des valises de phrases récitées, mal apprises et tronquées « oui maman je fini ma partie ». Il restera à piocher quelques belles répliques volées à Harry « Vous n'alliez quand même pas vous donner la peine d'ouvrir un de vos livres avant d'arriver ici, n'est-ce pas, Potter ? » pour combler le vide de communication avec ses enseignants.
« ça m'énerve tous ces gens qui font la queue chez Ladurée tout ça pour des macarons » dit la chanson, à l'accent teuton lagerfelisé. «Il paraît qu'ils sont bons »...