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Eric Leguay, ma vie numérique

Le présent n'est que le futur passé...

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Comment sommes nous tous devenus des pirates...

« J'en ai révé, SONY l'a fait » ou encore « Philips, c'est déjà demain » sont des slogans des années 80 qui sonnent encore très bien. En effet ces deux marques phares de ces années là vont nous aider à mieux comprendre pourquoi aujourd'hui nous en sommes arrivés à la loi HADOPI. En 20 ans, les jeunes que nous étions et parents que nous sommes devenus et d'innocents adolescents sont en passe d'être traités comme de dangereux criminels alors qu'ils n'ont rien demandés.


Revenons ainsi un peu en arrière, en 1986 Sony et Philips lance le CD audio, véritable révolution, technologique et base d'un formidable modèle économique prévu pour durer une éternité. Le CD audio, pas sa taille, son faible coût de production, sa pérennité, allait devenir la base d'une véritable explosion de consommation de musique. Les « majors » de l'époque, Polydor , EMI, BMG, Universal Music etc, habitués à vendre des vinyls, ne sentent pas immédiatement l'engouement du public. Dans les années 80, un vinyl de 40 minutes de musique, tout crachotant, se vendait entre 30 et 50 francs (4 à 8 euros). Certes, grâce aux cassettes audio, un trafic domestique de copie était largement pratiqué par tous afin d'embarquer de la musique en voiture. L'explosion des radios libres et surtout des mégas tubes des années 80 qui font encore danser, installèrent définitivement la consommation musicale de masse dans les foyer. Avec le Cd tout change cette fois ce support infiniment moins couteux à produire est vendu 100 francs (15 euros).


C'est le véritable jackpot de toute l'industrie, qui voit immédiatement exploser son chiffre d'affaire sur l'ensemble de la planète au fur et à mesure de la sortie des albums de Michael Jackson, Madonna et même de Johnny. Une véritable rente à vie s'étale devant les producteurs, qui s'occupe de plus en plus de la courbe des ventes et de moins en moins des artistes. Pourtant la véritable innovation du CD ne réside pas dans le CD mais dans le format de numérisation de la musique. La prouesse souvent mise en avant à l'époque est le système de lecture du fichier par rayon laser alors que la vrai prouesse réside dans le format de compression et de transcription numérique de la musique.


Premier accroc dans cette belle mécanique, lorsque Philips financièrement à bout de souffle décide dans les années 90 de se débarrasser de sa filiale POLYDOR d'édition photographique. Ce n'est plus sont métiers, Philips souhaite se concentrer sur la fabrication de produit brun et d'électronique grand public. Pour vraiment montrer sa rupture, Philips lance après la vente de sa filiale Polydor à UNIVERSAL, le premier enregistreur-graveur de CD audio. Le second accroc est la diffusion massive du format de compression MP3 développé et détenu par une filiale de THOMSON, le concurrent légendaire de Philips. L'usage de consommation d'une musique dématérialisée est en marche.


Dans son coin SONY fabrique de l'électronique de loisirs et aussi reste avec BMG un major de la musique, mais pour combien de temps encore. Car SONY a choisi le résident plutôt que l'universel, et voici qu'un inconnu du secteur APPLE lance son lecteur MP3, l'ipod. C'est la seconde secousse tellurique du secteur qui trop occupé à scruter l'évolution des courbes de ventes des CD à la FNAC ne regarde pas évoluer le mode de consommation ni d'usage des jeunes consommateurs. Car cet usage est profondément entrain de changer, il se dématérialise rapidement et surement. La valeur de l'artiste ne dépend donc plus du prix du CD mais de sa notoriété et de sa capacité à faire parler de lui, et enfin de la qualité de sa prestation.


1999, dix ans déjà, le net allait parachever la fin de l'industrie du CD. Napster fait son apparition, un engouement, une folie diront certain, enfin un service gratuit et libre comme le net pour tous. Affolement général chez les majors et chez les industriels. Il faut immédiatement barrer la route à ce corsaire numérique. Napster sera fermer en 2001, mais le mal est fait, je veux dire la consommation libre, gratuite, en ligne de musique est lancée. Il n'y aura rien pour l'arrêter. Les majors pensent gagner une bataille, ils viennent de perdre la guerre. Car en 2005 c'est encore APPLE qui en lançant iTunes, vient manger sur les platebandes des majors. Celles ci ne diffusent toujours pas massivement leur catalogue en ligne, et ne font rien pour créer un service payant, bien au contraire.


Voici comment aujourd'hui nous voici tous pirates, souvent consciemment mais bien souvent involontairement avec une loi en préparation basée sur la restriction, et le flicage. Ce système ne marchera pas car l'usage et la consommation de musique dématérialisée est profond et définitif. Il fallait inventer un autre modèle économique, un autre accès à la musique. Au lieu de cela, alors que nos politiques sont mals informés et largement dépassés, HADOPI, donnera l'illusion de régler le problème mais n'y pourra rien. Pourquoi bloquer une ligne quand la musique peut s'envoyer par mail ? Et qui dans la famille sera en premier puni ? Pourrais je encore surfer en Wifi en ville ? Qui me piratera à mon tour mon adresse ip ? Et si je suis hébergé en slovénie ? J'en ai révé HADOPI l'a fait...

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D
Et puis si les majors doivent disparaitre en tant que telles,  je pense que certains artistes seraient plus libre de leur choix musicaux, de leur orientation de carrière , sans obligations de chiffre de vente ou de mode. Si certains ont crées leurs propres labels ou boites de prod perso , ce n'est pas pour rien.
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B
Merci Eric pour ce point historique... Comment expliquez vous que la loi n'ait pas été plus nuancée ? Qu'elle donne autant la part belle au majors ?
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E
<br /> Cette loi part d'un très bon sentiment, louable et légitime avec 10 ans de retard. En effet une telle loi en 1999 avait un sens, le net était moins diffusé et surtout les habitudes de consommations<br /> numériques dématérialisés n'étaient pas autant ancrées dans les usages. Aujourd'hui cette loi semble bien tardive face au raz de marée numérique, elle fait porter le chapeau aux consommateurs pour<br /> préserver les majors en se moquant des artistes. En plus en ces périodes de suspicion liberticide, elle braque encore un peu plus les internautes contre la classe politique.  Notre Président<br /> ne connaissant rien et surtout ne maitrisant rien sur le Net se sents proche des artistes (sa femme) mais ne fait pas grand chose pour les aider. La SACEM ne reverse toujours pas les sommes<br /> réellement perçues. Ce n'est plus le piratage qui est en jeu mais le nouveau modèle économique à batir pour garantir une rémunération aux artistes. Si les majors doivent mourir elles mourront,<br /> elles sont récentes (années 50) et leur réel action sur la vie d'un artiste est de plus en plus faible malgré le discours catastrophiste de Pascal Nègre. Moi j'étais plutôt favorable à la licence<br /> globale ou au forfait tel que préconisé par Attali dans son premier rapport.<br /> <br /> <br />