Presque plus d'un mois après la publication du Plan Numérique 2012 présenté par Eric Besson, il était temps de faire un point. L'association Renaissance numérique, dont je soutiens l'action, proposait un colloque en 5 tables rondes sur 5 sujets pour 5 actions. Pour que la France devienne enfin numérique, j'ai assisté aux trois premières tables rondes, riches et fructueuses d'enseignements mais aussi de désillusions et d'amertume.
A l'invitation du conseil général des hauts de seine, haut lieu du numérique, une introduction faite par Thierry Solère vice-président et François-Xavier Hussherr président de Renaissance Numérique, réaffirma la volonté et le combat quotidien pour que la France rejoigne les autres nations européennes dans la diffusion du numérique. C'est le propre d'un colloque que de lancer le débat avec emphase et optimiste, sur un sujet aussi délicat. Café, petits fours, jus d'orange et patatras, le beau pays de Oui-Oui s'estompa devant le discours des premiers intervenants.

Très Haut débit, qu'est ce qu'on y gagne.
Les chiffres sont trompeurs, car si la France a un taux d'équipement en haut débit à faire pâlir la Californie, l'accès général de la population au net n'évolue que très lentement et même stagne. Incroyable me direz vous alors que l'on imaginait le Web comme incontournable et indispensable à notre quotidien, nos compatriotes n'en sont pas absolument persuadés. C'est ce qui s'appelle l'effet « BOX ». Les FAI (Fournisseurs d'accès Internet) font en effet de la vente forcée pour diffuser massivement des boitiers TriplePlay incluant la téléphonie, la télévision et le net. Dans la réalité, téléphonie et télévision sont réellement exploités et moins le net. Ensuite un budget de 30 euros par mois devient en pleine crise économique de plus en plus difficile à sortir, car il peut correspondre au caddie d'une semaine. Il est donc impossible de n'avoir que l'offre NET pour un budget accessible, moins de 10euros par mois par exemple. Ensuite les FAI font très largement pression pour ralentir la diffusion du Wifi gratuit en ville ou dans de lieux publics.

Le second constat terrible de cette première table ronde est la reconnaissance que les élites et la classe politique sont particulièrement réticents face au numérique. Le Net est perçu comme un objet dangereux non maitrisé et surtout non maitrisable. Notre classe politique a forgé sa reconnaissance et sa puissance sur le bâti, construction d'écoles, de lycées, de théâtres, de piscines et de lignes TGV, en d'autres termes: ce qui ce voit et qui peut donner l'occasion d'une inauguration, de petits fours et de la pause d'une plaque. Or le numérique ne se voit pas, la dématérialisation effraie donc le politique qui préfèrera toujours l'organisation d'un diner dansant que l'investissement dans des bornes WiFi. Nous voici donc vivant en Roumanie, et le discours de Jean-Michel Billaut est d'années après années toujours aussi vibrant, présent et prémonitoire.

Les ordinateurs même si leur prix a très largement chuté, restent encore très chers et surtout toujours aussi compliqués à utiliser merci Microsoft. De plus posséder un pc ne fait plus rêver et ne valorise pas son propriétaire. Le net, pour se diffuser, devra utiliser d'autres voies, celle du Net PC (Asus eeepc sous Linux a ouvert la brèche) celle du mobile plus simple et plus fiable mais aussi le Web des objets tel que le Web 3.0 nous le promet. A l'heure du choix d'investissement de fin d'année l'écran plat à 999 euros sera toujours préféré à un pc même portable.

La télévision publique peut-elle se passer d'Internet ?
Si la première table ronde avait entériné la désaffection des élites pour le numérique, la seconde table ronde refroidit encore un peu plus l'auditoire. Cette fois-ci, c'est la télé, publique ou privée qui n'aime pas le Net. Il n'y a qu'à regarder les amitiés incestueuses de notre président avec TF1 et M6 pour s'en convaincre. A l'inverse d'Obama qui s'est entouré des fondateurs de FaceBook, on ne trouve pas dans l'entourage présidentiel de têtes pensantes numériques. Même Loic Lemeur pourtant courtisan de la première heure a jeter l'éponge, c'est vous dire...

Le numérique comme le jeu vidéo fait peur à la télévision car elle lui vole son audience et surtout l'audience la plus jeune. Chez les 8-16 ans le concept télévisuel est ringard et même si l'audience reste de masse, le discours impersonnel et cynique déplait de plus en plus, le divorce est en marche. La concurrence de la TNT et des autres supports fait craindre aux grandes chaines des lendemains très sombres, la télé se meurt lentement jusqu'à y perdre son identité. Alors pour se rebeller, la télé aime à caricaturer le Web comme source de toutes les perversions et toutes les dérives. Tour à tour lieu de pédophilie, de prostitution, d'escroqueries à la carte de crédit, aux idées nazis, aux suicides organisés, il ne se passe pas un jour, pas un journal, pas une enquête sans que le net ne soit la cible de très violentes critiques. Si vous y ajoutez le plaisir malsain de présenter systématiquement l'internaute joueur de jeu vidéo comme un dangereux psychopathe, alors la coupe est pleine.

J'ai donc à mon tour éclaté de rire à l'annonce d'émissions pastilles présentant le net dans une grande mission pédagogique. Autant demandez à un chef étoilé la recette d'un MacDo.Ij faut ajouter à ce déferlement, l'amendement Lefevre sur la taxe de financement de la télé publique par le Net et la téléphonie. C'est un non sens car économiquement Orange (13,1 milliards d'euros ) pèse 5 fois plus que TF1 (2,8 milliards d'euros ) et ce n'est un secret pour personne que Bouygues cherche à vendre TF1 pour pouvoir racheter AREVA. Ceci est pour le privé pour le publique, c'est encore pire, puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que la réinvention de l'ORTF.

TIC et éducation: la récréation est terminée.
Le monde de l'enseignement et de l'éducation souffre d'un paradoxe existentiel révélé et confirmé dans cette table ronde. Le web doit beaucoup aux enseignants qui furent les premiers à publier et créer sur la toile, ils sont encore aujourd'hui de fervents militants numériques et de grands consommateurs du net. Seulement voilà l'institution n'a pas exploité cette formidable compétence et appétence de son corps enseignant pour restituer cela dans les enseignements. Ceci est cruellement le plus visible dans l'enseignement supérieur ou y règne le paupérisme. Le numérique bouscule le mode relationnel entre le maitre et l'élève. Il faut donc une vraie politique d'aide au changement et une grande liberté d'utilisation des outils numériques dans les enseignements.

Premier colloque d'après le plan numérique, c'est aussi la réaffirmation par le cabinet du ministre des 3 priorités de ce quinquennat:
2010 Internet Haut débit pour tous
2011 Télévision Numérique terrestre pour tous
2012 Affectation des basses fréquences au Net pour le numérique mobile de demain.
Pour ma part je laisserai le mot de la fin à Jean-Michel Billaut, qui voit dans l'élection de Barrack Obama le seul moyen du réveil des consciences de nos élites et de nos hommes politiques.

Plan Numérique 2012 Actions, Réactions
France Numérique 2012 Bâtir l’université numérique
France Numérique 2012 Développer le secteur du jeu vidéo
France Numérique 2012
Renaissance Numérique
http://www.renaissancenumerique.org/